Mon chien est dominant, un mythe à la dent dure

Bonjour tout monde, aujourd’hui je souhaiterai vous parler de la notion de dominance, c’est quelque chose qu’on entend très souvent «  mon chien est dominant » , « ton chien fait cela parce qu’il est dominant » , etc…

Qu’est ce que la dominance ?

La dominance est l’aspect d’une relation entre 2 individus qui fait qu’un des 2 individus a toujours l’avantage sur l’autre pour l’accès aux ressources alors que l’autre capitule systématiquement et laisse l’accès à la ressource pour ne pas entrer dans une escalade et en arriver à une agression.

Cette relation est le plus souvent non-violente, pour préserver l’intégrité des individus et du groupe.

Si au sein d’un groupe de multiples relations de dominance existent et sont stables, on peut parler de hierarchie. Cette hiérarchie sera par exemple linéaire si A domine B, B domine C et donc A domine C. Chaque individu a alors un rang au sein de cette hiérarchie.

La meute de loups.

L’image d’Épinal montre une meute de loup comme une hiérarchie avec un mâle dominant : le mâle alpha et toute une suite de subordonnés qui sont maintenus à leur rang par la force et la tyrannie du mâle dominant.

Cette vision est très répandue et à la dent dure car elle résulte de nombreuses publications anciennes qui ont étudié les loups en captivité. Le problème est justement que ces observations ont été faite en captivité et ne reflètent pas la vraie vie. Ce serait comme observer des prisonniers ou un camp de réfugié et vouloir en tirer des conclusions générales sur les relations humaines : ce n’est pas possible.

David Mech, est l’auteur américain d’un livre référence sur les loups et le concept du mâle alpha écrit en 1968, en 1968 !!

Il reconnait aujourd’hui que beaucoup de choses dans son livre sont dépassées et il regrette que ce livre soit toujours édité malgré ses demandes à sa maison d’édition de stopper la publication !

Il a écrit de nouveaux articles en se basant désormais sur l’observation de loups en liberté pendant 13 été et a revu sa vision de l’organisation sociale du loup.

Une meute de loup correspond en fait tout simplement à une famille avec un père, une mère et des louveteaux. Le père et la mère sont tout naturellement chefs de famille pour permettre la survie et la cohésion de la meute.

Quand une proie est de grande taille, tous les loups peuvent manger en même temps.

Quand les proies sont plus petites, les louveteaux et la mère sont prioritaires.

Lors des 13 étés, il n’a jamais observé de batailles pour assurer le statut de chef de meute. Toutes les postures de soumission qu’il a pu observer correspondaient à des demandes de nourritures. Les loups qui sont en âge de se reproduire quittent tout simplement la meute pour éviter des conflits.

> La hiérarchie entre les loups existent mais ne correspond pas à une soif de pouvoir et de contrôle, il s’agit juste d’une nécessité pour la survie de la meute et sa cohésion en maintenant la paix entre ses membres.

Bon mais qu’en est-il du chien ?

Bon mais qu’en est-il du chien ? Existe-t-il chez lui une notion de dominance, une hiérarchie ?

Pour commencer, il faut bien se rappeler que les chiens ne sont pas des loups, environ 15000 ans les séparent depuis la domestication du chien. Depuis, les 2 espèces ont évolué de façon différente et même si une partie de leur patrimoine génétique est commune, on ne peut plus les comparer si facilement. Ce serait comme comparer l’homme et le singe qui ont plus de 97% de patrimoine génétique en commun.

Les études actuelles sur des groupes de chien n’ont pas pu montrer à l’heure actuelle de  véritable hiérarchie, les interactions au sein des groupes sont très souvent mouvantes et instables, elles dépendent du moment, des ressources en jeu (par exemple un chien va être dominant sur la nourriture alors qu’il se soumettra pour les lieux de couchages car il porte moins d’intérêt pour cette ressource).

Cela ne veut pas dire que des relations de dominance ne peuvent pas exister entre 2 chiens, on parle ici de dominance intra spécifique : c’est à dire entre les individus d’ une même espèce animale.

Je parlais de domestication, il est important de rappeler que d’après les hypothèses actuelles, ce ne sont pas les hommes qui ont domestiqué les loups qui sont devenus des chiens mais l’inverse : certains loups se sont rapprochés de l’homme de façon opportuniste, pour profiter des déchets des hommes à moindre frais. Le chien est donc un opportuniste qui dès son origine recherche la facilité.

Et entre l’Homme et le chien ?

Maintenant, la question à se poser est : existe-t-il une dominance inter-spécifique entre les chiens et l’Homme ? Certains chiens essaient-ils de dominer leur maître comme ils pourraient le faire face à leur congénère ?

Le chien veut-il devenir le maître du monde et asservir son maître ?

Cette idée est complètement absurde et empreinte d’anthropomorphisme : il est dans la nature humaine du vouloir tout dominer, de vouloir être le chef. Rappelons-le : le chien est un opportuniste de nature : il cherche avoir et garder à un instant t ce qui lui procure le plus de plaisir et de bien être :

  • Le chien mange son os et veut juste le garder car il aime ça,  non il ne veut pas devenir le maître du monde
  • Le chien saute sur son maître quand celui-ci arrive : il est heureux et veut communiquer sa joue, non il ne veut pas devenir le maître du monde.
  • Le chien veut passer en premier la porte : non il ne veut pas devenir le maître du monde, il est juste pressé de sortir jouer ou de rentrer se mettre au chaud
  • Le chien veut se coucher sur le canapé : encore une fois : non il ne veut pas devenir le maître du monde, il souhaite juste avoir un lieu de couchage confortable.

En fait le chien n’est pas assez évolué pour établir des stratégies afin de dominer sa famille : il souhaite juste avoir ce qui est agréable pour lui.

Beaucoup d’éducateurs et de vétérinaires restent dans cette idée erronée de la dominance et vont tout lui mettre sur le dos.

Votre chien ne veux pas vous laisser prendre son os : c’est un chien dominant, il monte sur le canapé : c’est un dominant. La dominance a bon dos : c’est elle qui justifie tous les comportements qui ne nous semblent pas appropriés chez notre chien.

Pour moi, cela ressemble à un sophisme :  ces raisonnements qui paraissent logiques mais en réalité ne le sont pas. (Exemple : tout ce qui est rare est cher or un cheval borgne est rare donc un cheval borgne est cher.)

Ici c’est pareil :

« En tant qu’homme je cherche à être le chef et à tout dominer/contrôler.

Mon chien a un comportement qui n’est pas celui que je souhaite

Donc mon chien veut donc être le chef et tout dominer à ma place. « 

Encore une fois, ce n’est pas ce que le chien désire, il est juste opportuniste et cherche ce qui lui plait.

La dominance et l’éducation qui en découle

Là où ça devient embêtant c’est que le pendant de cette théorie de la dominance, c’est que les éducateurs et les vétérinaires vont vous conseiller d’y répondre par des méthodes musclées et violentes afin de montrer qui est le chef :

  • frapper le chien quand il fait une bêtise,
  • lui donner un coup de collier quand il tire,
  • le secouer par la peau du cou,
  • le bloquer sur le dos pour qu’il se sente  soumis,
  • lui donner un coup de genou quand il passe devant etc…

Ouah, chouette programme pour obtenir une relation harmonieuse avec son chien…

Ces techniques sont en fait à l’origine de bien plus de problèmes comportementaux peuvent se révéler dangereuses : si un chien grogne, c’est pour prévenir que quelque chose ne lui plait pas. Si on empêche se comportement en disputant le chien à chaque fois, le chien ne grognera plus et mordra directement.

Certains diront mais ces méthodes répressives de punition positive fonctionnent. Ok, c’est vrai, c’est le cas, mais c’est souvent du court terme, puis le chien obéit pour les mauvaises raisons : ce n’est pas pour faire plaisir à son maître mais pour éviter les coups, super motivations, ce n’est pas sur que ça fasse le poids quand le chien sera attiré par quelque chose de beaucoup plus intéressant que son maître tortionnaire.

L’alternative à ces méthodes traditionnelles d’éducation basées en partie sur la répression existe : il s’agit de l’éducation positive (ou tout autre type d‘éducation respectueuse) : il s’agit de favoriser les bons comportements avec du renforcement positif et d’ignorer les mauvais comportements et surtout de les prévenir.

La sanction physique doit être impérativement abandonnée.

Ce sera plus long mais le jeu en vaut vraiment la chandelle pour avoir une relation homme / chien digne de nom.

 

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